Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/02/2013

"32 boites de soupe Campbell" Andy Warhol, 1962

Fiche_soupe_campbell.pdf

Andy_Warhol_pop_art_contexte.pdf

soupe_campbell.odp

06/02/2013

La société de consommation - 3ème 3 - Mme NEMERY

Sèquence : La nouvelle contemporaine

La société de consommation.pdf

17/12/2012

La complainte du progrès

Cours 3ème HDA / G. Pausas

La complainte du progrès

de Boris Vian

 

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
Aujourd'hui, c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
(Ah? Gudule!)

{Refrain 1:}
Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pell' à gâteaux

Une tourniquette
Pour fair' la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs

Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Aujourd'hui, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout
(Ah! Gudule)


Excuse-toi
Ou je reprends tout ça.
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer
Et mon poêl' à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous

La tourniquette
A faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-friture

Et si la belle
Se montre encore rebelles
On la fiche dehors
Pour confier son sort

Au frigidaire
À l'efface-poussière
À la cuisinière
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
À l'éventre-tomates
À l'écorche-poulet

Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son cœur

Alors on cède
Car il faut bien qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois

 

 

 Fiche : histoire des arts

Explication du texte

Introduction

Boris Vian (1920-1959), auteur du texte étudié, a  suivi une formation de philosophie et de mathématiques, il a d’abord été ingénieur, mais ses passions demeurent avant toute chose le jazz et les réunions intellectuelles des cercles littéraires parisiens, dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Provocateur et anti-conformiste, il s’est intéressé à la culture anglo-saxonne et américaine (le jazz en musique, le polar en littérature) et a publié des livres qui ont fait scandale, comme J’irai cracher sur vos tombes, souvent sous pseudonyme. Devant l’échec de ses romans, fortement critiqués, il s’est  consacré à la musique et a écrit des chansons polémiques dénonçant le militarisme (Le Déserteur) ou se moquant de la société de consommation (La Complainte du progrès).

Composée en 1956, La complainte du Progrès est une critique très drôle de la société de consommation et ses dérives. Nous sommes alors dans la période des "Trente Glorieuses" (1946-1975), marquée par une croissance économique soutenue et ininterrompue, ainsi qu'une amélioration générale des conditions de vie. Il faut se rappeler que 5 ans plus tôt les Français n'avaient accès à la nourriture qu'avec les tickets de rationnement. Ceux-ci ont été supprimés en 1951. Aussi, tous les trouvailles ménagères facilitant la vie du couple ont permis d’égailler le quotidien en le rendant  plus facile, moins contraignant.

Lecture détaillée

 

  1. « La Complainte du progrès » est une chanson qui critique, d’une manière drôle et anti-conformiste, la société de consommation.

En choisissant une chanson, Boris Vian sait qu’il sera plus facile de dénoncer les dérives de la société de consommation : en effet, il utilise un orchestre de variété (vents, violons, plusieurs percussions) sur un rythme latino américain, en donnant à sa complainte un caractère enjoué. Normalement, une complainte est plutôt triste et nostalgique ! Les auditeurs vont, en premier lieu, s’attacher à la légèreté de la musique puis s’intéresseront au texte critique. Pour renforcer le tout, la musicalité facilite grâce au système des rimes suivies et des refrains la mémorisation des paroles.

  1. On peut parler de satire de la société de consommation car, sur un ton espiègle,  Boris Vian dresse une liste (figure de style = énumération) des équipements à la pointe du progrès. Ces éléments comme «des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, un avion pour deux »  sont inutiles dans la vie quotidienne. Aussi, pour montrer le ridicule de ces accessoires ou de la situation, il  joue sur les mots en donnant le prénom rarissime et anachronique « Gudule » à l’un des personnages, invente des noms farfelus pour certains objets ou alors donne des fonctions inattendus à certains objets (ex : « ciregodasses », « ratatine-ordure »/ces mots sont des néologismes ou des mots valises[1]). La liste devient alors un véritable cabinet de curiosités.

Pour souligner le ton satirique de ce texte, Boris Vian emploie les adverbes de temps « autrefois » et « maintenant »,  afin d’opposer  la période d’avant-guerre et celle des « Trente Glorieuses ». D’autre part, il a recours à la répétition du groupe verbal « ça change, ça change» pour bien insister sur la mutation du mode de vie. De même, le passage de l’imparfait au présent de l’indicatif (voir 1er et dernier paragraphe) marque une rupture entre deux systèmes de consommation.

  1. Pour rendre ce changement plus concret, Boris Vian évoque la relation amoureuse et décrit les affres (angoisses / les hauts et les bas) de l’amour moderne. Alors qu'avant les amoureux pouvaient vivre d'amour et d'eau fraîche, que des fleurs offertes faisaient plaisir, il faut maintenant l'abondance des biens de consommation. Cette œuvre traduit avec humour la crainte de Boris Vian de voir les sentiments amoureux remplacés par le plaisir de la consommation et la possession d'un maximum de choses. Aussi, le trousseau (équipement que possède chaque personne) devient une motivation supplémentaire pour se mettre en couple et provoque des tensions lors d’une éventuelle séparation (voir la construction du texte : de la rencontre à la séparation...). Dans le 2ème paragraphe, en échange d’ « un frigidaire, un scooter … et des pelles à gâteaux» il est demandé à Gudule un baiser. Ainsi, le sentiment amoureux se monnaie, s’achète comme un vulgaire objet.

 

Conclusion

Boris Vian dénonce les dérives de la consommation à tout prix et souhaite que les jeunes gens soient moins intéressés par le matériel pour se consacrer aux choses essentielles de la vie : partager, aimer …



[1] Mot valise : mot inventé formé à partir de deux mots existants (par ex, basket + ketchup = basketchup)